J’entends par « les turbulences qu’on voit » celles qui sont accompagnées de nuages ou de phénomènes visibles. Par exemple, si vous vous promenez à côté d’un cunimb, d’une averse, ou encore sous une couche de cumulus en formation, vous pouvez vous attendre à vous faire secouer. Rien d’étonnant à cela. Par contre, ça paraît beaucoup plus difficile de s’attendre à une turbulence invisible. Ici, je vais vous parler des turbulences en air clair. Les plus grosses sont indiquées par le terme « CAT » (Clear Air Turbulence) sur les cartes TEMSI.
Une turbulence se produit quand l’écoulement de l’air n’est pas régulier, qu’il change de force ou de direction. On appelle cela du cisaillement. Et ça secoue, tout simplement, parce que votre avion est ballotté par des courants d’air contraire, ou si le cisaillement est de grosse taille, parce que la portance a changé brutalement.
Convection
Une des premières choses qui peuvent rendre le vent irrégulier, c’est la convection. Vous savez, l’air qui monte après s’être réchauffé au sol. Vous ne visualisez pas très bien ? Mettez une casserole à bouillir, vous allez tout de suite comprendre. Le fond de votre casserole, c’est le sol chaud, et l’eau, c’est l’air, plus froid que le sol. Effectivement, ça turbule sec (enfin si j’ose dire) ! Parfois des cumulus se forment au-dessus de la « pompe ». Dans ce cas, pas de problème, on voit tout de suite ce qui se passe. Mais, parfois, on a du « thermique pur » c’est à dire, que, malgré les ascendances on ne voit rien, aucun nuage ne se forme. Alors, comment savoir ? Tout simplement, dès que le soleil brille et chauffe un peu, les ascendances se produisent. Ou, pour le dire autrement, dès que le sol est plus chaud que l’air.
Comment éviter ça ? En montant. S’il y a des cumulus et que vous volez au-dessus, par exemple, vous êtes sûrs d’être tranquilles.
On alors en ne volant que par temps nuageux, ou bien aux heures ou le soleil est le plus bas, ou encore, quand il y un anticyclone à 1030 hPa. Dans ce cas les hautes pressions plaquent tout au sol et ça ne monte pas.
Relief
Deuxième phénomène provoquant des turbulences : l’interaction du vent avec le sol. A proximité du sol, les rugosités du terrain obligent le vent à ralentir, contourne. Autant de phénomènes qui font varier la force ou la direction du vent. Et donc provoquent cisaillements et turbulences.
Encore une illustration issue de la vie quotidienne : regardez un ruisseau couler. Comment l’eau rebondit, tourbillonne et s’agite sur les pierres du fond. Imaginez vous voler là-dedans. Ce n’est pas drôle, hein ?
Plus les « cailloux » sont gros, plus les turbulences sont importantes et dangereuses. Quand le « cailloux » est une barrière montagneuse, cela donne en aval (en l’occurrence on dit « sous le vent ») des rotors et rabattants. Bref, des courants d’air, qui montent, mais aussi descendent très vite, vers le sol, en vous entraînant avec eux. Dans ce cas, il vaut mieux être assez loin du sol, pour avoir le temps de réagir.
Il y a aussi des effets de déventation. Comme ceux que provoquent les camions sur l’autoroute. L’obstacle empêche le vent de passer. Donc, d’un seul coup, ça s’arrête, puis ça reprend. Et ça peut secouer sec, surtout si vous êtes en finale.
Et, n’oubliez pas que le relief peut provoquer son propre vent. Les fameux vents orographiques : le mistral, la tramontane, l’autan. Le vent, alors forcé de passer dans un tout petit couloir s’accélère énormément. Du vent fort près du sol, des obstacles autour : vous avez tous les ingrédients pour rencontrer de fortes turbulences.
Une petite anecdote pour illustrer ce propos. Je n’ai volé qu’une fois dans la vallée du Rhône, en passagère ; et il y avait du mistral. Avant de décoller d’Avignon, sachant un peu ce qui m’attendait, j’avais bien serré ma ceinture. Je ne tenais pas à me cogner au plafond de l’avion, même si le casque amorti ! Eh bien, malgré ça, dans une turbulence, j’ai décollé du siège. Je suis même resté une fraction de seconde en l’air, en apesanteur. Une fois retombée dans le siège, j’ai resserré encore d’un cran la ceinture, bien sûr.
Les turbulences dues au relief, c’est assez facile de les détecter. Elles sont d’autant plus importante qu’il y a du vent fort et, bien sûr, elles jouent près du sol. Je ne vous dirai pas à combien s’arrête le « près du sol », c’est à vous de voir. Un indice : c’est plus bas en Picardie que dans les Alpes.
En altitude
Jusqu’ici, les « turbulence en air clair » dont je vous ai parlé ne se déroulent que près du sol. Celles-là sont faciles à éviter : volez hauts. C’est un des grands conforts du vol en niveau, c’est quand même beaucoup moins agité. Parce que, il faut bien le reconnaître, notre ruisseau, plein d’eau bouillante, en plus, c’est parfois très inconfortable.
Pour la troisième sorte de « CAT », cette fois, l’altitude ne va pas nous aider. Ce sont des turbulences dues à deux masses d'air différentes.
L'air ça ne se mélange pas bien, alors, quand deux masses d'air veulent aller dans des directions différentes, ça se frotte, ça s'oppose… et ça secoue. C'est même le principe d'un front. Sauf que, quelque fois, ça ne se voit pas.
Une petite illustration de deux masses d'air juxtaposées, que je dois à Jacques Darolles (Merci à lui !).
Au ras du sol, vous pouvez avoir ce phénomène quand vous traversez la couche d'inversion.
Le sommet de l'inversion est une limite assez étanche et, parfois vous avez de vents différents en bas et en haut, alors quand vous passez la couche, vous le sentez. Je suis sûre que c'est arrivé à beaucoup d'entre vous. En général, c'est très léger, mais tout de même sensible.
La brise peut aussi provoquer des surprises. Supposons une plage est orientée Sud-ouest. La brise, en journée, va venir de la mer. En passant au-dessus de la brise, où en vous éloignant de la côte, vous aller retrouver le vent dit "synoptique" (celui qui souffle en dehors de phénomènes locaux). S'il vient, par exemple, du Nord-ouest, ça va vous faire tout drôle.
Maintenant, quittons les basses couches et montons au niveau de la tropopause. J'avais écrit un petit article à ce sujet (http://petite.pilote.legere.over-blog.com/categorie-537759.html). Résumons : le Jet est un courant d'air très fort. Il est situé dans une zone où s'affrontent d'une part : l'air de la troposphère et celui de la stratosphère. Et, d'autre part l'air tropical et l'air polaire. Si vous avez bien suivi jusqu'ici : vent fort + affrontement de masses d'air = turbulences.
En l'occurrence elles sont fortes. C'est pour cette raison que les jets sont presque toujours indiqués sur les cartes temsi. Et que, en général, ils sont entourés d'un pointillé, indiquant une zone de turbulence. C'est sûr, en avion léger, ils ne risquent pas de vous gêner. Mais, les avions de ligne eux, volent en général au ras de la tropopause, c'est pour cela que ces informations sont très utiles pour eux.
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