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La scène se passe au printemps 2000. A l’époque, bien que travaillant sur un aéroport, on ne peut pas dire que j’aime les avions. Ils font partie du paysage, ils ne sont pas désagréables, mais je ne les regarde pas. Ce que j’aime, moi, ce sont les « sans-moteurs », du parapente au planeur. Ils me fascinent et, indirectement, ils m’ont conduit à travailler à la météo. Mais il n’y en a pas à Beauvais. Une seule chose me rapproche des avions : j’ai fait une demande auprès de Météo-France pour le financement d’un brevet de base. J’ai appris que c’était possible, et je me suis dit que ce serait une expérience intéressante.
Ce jour-là, est une journée grise, hivernale, humide ; comme il y en a tant chez nous. Un temps du genre 7 km de visibilité et 8/8 de stratocumulus. Nous avons un petit stagiaire à la météo. Comme la situation est calme, je l’emmène voir les contrôleurs. Un avion de club est en-train de faire des tours de pistes. Je n’y connais pas grand’chose, mais je comprends au moins l’expression « touché ». Je peux donc expliquer au stagiaire de quoi il retourne et nous regardons l’avion atterrir et redécoller. Encore un ou deux tours de pistes, puis il y a du changement. Cette fois c’est la contrôleuse qui nous explique : il s’agit d’un lâché, donc l’instructeur va descendre de l’avion et laisser l’élève partir seul. Cela me fait un choc : je n’avais jamais réalisé que, si on prend des cours d’avions, un jour on doit partir tout seul pour la première fois. Et je me dis : « Si mon financement est accepté, ça pourrait être moi, un jour, dans l’avion. » Je me mets alors à la place de l’élève. Et ce qui me fascine, ce n’est pas l’avion, mais l’instructeur qui s’en va. La largeur de deux pistes nous sépare et, dans cette journée grise, il n’est qu’une longue silhouette qui s’éloigne. Mais, 7 ans après, son image est encore nette dans ma tête. Et je ressens, à cet instant, un mélange brutal d’émotions différentes : solitude, peur, abandon, et tant d'autres encore... Et cela, je ne l’ai jamais oublié.
Quelques mois plus tard, j’avais obtenu mon financement, et je découvrais la passion brutale de voler. Encore quelques mois, et, au même endroit, le même instructeur me plantait, seule, avec mon avion. Mais, cette fois-là, je ne l’ai pas regardé s’éloigner : je savais ce que ça faisait comme impression.