Quand on débute l’avion, on est accompagné par un instructeur, bien sûr. On accumule les heures, et, un beau jour, l’instructeur estime que vous pouvez partir seul sans trop risquer de casser l’avion. C’est le lâcher. Il s’agit d’un des moments les plus émouvants pour un jeune pilote.
En ce qui me concerner, je n’avais pas vu venir. Je n’avais pas confiance en moi et j’avais l’impression que je ne saurai jamais atterrir. Et je me demandais quand j’en serais capable.
A l’issue d’une série de tours de pistes (*). Je m’en souviens très bien, je lui avais dit que l’étais fatiguée. On roulait pour rentrer au club et, tout en roulant, je préparais l’avion. Je rentrais les volets, mais Eric les as ressortis en me faisant un grand sourire. Je l’ai regardé l’air bête en me demandant quelle bêtise j’avais faite. Là, il me dit : « Ben je descends et tu repars toute seule ».
J’ai paniqué, car je m’en sentais incapable. Mais tout est allé si vite, je n’ai pas eu le temps de réfléchir, ni de répondre « non ». Machinalement, j’ai remonté la piste, je me suis alignée et j’ai décollé. Enfin, je le suppose, parce que je ne me souviens que d’être entrée sur la piste. Le reste je l’ai oublié. Trop d’émotion.
Mes souvenirs reviennent en vente arrière. Je me rends compte que je suis toute seule et je parle tout fort pour compenser l’absence de l’instructeur. J’ai les mains moites, je récapitule tout haut ce que j’ai à faire et je me rassure en disant : « Tout va bien, pour l’instant, il n’y a aucun problème, tu fais tout comme il faut ». Je chantonne un peu. Pas comme certains, parce que je suis contente, mais parce que ça me rassure de faire un peu de bruit dans l’avion.
Encore un trou, je revois vaguement la base(*) et la finale (*). Je me revois surtout juste après l’atterrissage. Enfin, je revois la piste devant moi, je constate que je n’ai rien cassé et que je suis encore en vie. Et j’entends encore le hurlement de joie et de soulagement que j’ai poussé en voyant que j’y étais arrivée. Inutile de dire, trop contente d’être vivante, je suis rentrée directement au club.
Après ce premier lâcher, il y en a beaucoup d’autre. A chaque fois qu’on pilote un nouvel avion, on se fait expliquer comment il marche, souvent l’instructeur vous accompagne une ou deux fois avant de vous dire : « T’es lâché sur cet avion ». Vous savez alors que vous pourrez le prendre seul quand vous voudrez.
Et si ça fait longtemps que vous n’avez pas piloté (un avion en général, ou un type d’avion en particulier) il faut vous faire relâcher, en emmenant, encore une fois l’instructeur avant de reprendre seul l’avion.
Certains clubs, en particulier dans le sud de la France, pratiquent le « lâcher Corse ». Non, ce n’est pas une technique particulière pour lâcher quelqu’un. Ces clubs demandent simplement que personne n’aille seule en Corse s’il n’a pas été accompagné au moins une fois et lâché par un instructeur.
Et voilà comment, en avion, on se fait régulièrement « lâcher » et « relâcher ».
Remarque : vous trouverez plein de récits de lâcher sur la « pilot liste », ici : http://www.pilotlist.org/bestof/lacher.htm
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