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La petite vie de LFOB

Samedi 28 janvier 2006 6 28 /01 /2006 00:00

Souvent, les gens me demande ce que je fais comme travail à la météo. C’est bien difficile à expliquer. Le plus simple, c’est de raconter un week-end où je suis de service. J’ai choisi au hasard celui du 19 et 20 mars. Autant le samedi a été à peu près normal, le dimanche à battu un record pour la série d’ennuis techniques ! 

Episode 1 : un samedi comme beaucoup d’autres

Samedi 19 mars, un peu avant 6 heures légales. J’arrive au travail, je fais ma première obs de la journée : il y a un brouillard à couper au couteau, 50 m de visi, ciel invisible.

Puis, je m’installe au bureau du prévi. Je consulte les cartes qui se sont imprimées cette nuit. Elles me donnent une idée de la situation générale. Les cartes de prévision vont jusque samedi prochain, mais elles sont surtout détaillées pour les prochaines 48h. Ca tombe bien, c’est surtout cette échéance que je détaille et sur laquelle je vais me concentrer ce matin.
Puis, j’allume mon PC. Je regarde ce qui s’est passé la veille, ce qu’il y a autour, ce qui est prévu par les modèles pour la coupe verticale.
Ce faisant, je me pose LA question : « Qu’est-ce qui va m’emm…bêter dans la prévision du jour ? » Pour aujourd’hui, aucun hésitation, ce sera le brouillard. Pour savoir quand et comment il se dissipera, j’ai le choix entre le marc de café, la boule de cristal et mon intuition. Disons, pour faire plus sérieux mon « expérience du terrain ». Et celle-ci me dit qu’il va s’incruster un bon bout de temps. En effet, il n’y a pas de vent et la nappe de brouillard est très dense et très étendue (le quart Nord de la France). Mais, un « bon bout de temps », ça fait quelle heure pour mettre dans le TAF (TAF = temps à fenir sur l’aérodrome) ?  Je me décide, un peu au pif (et au vu de la masse d’air prévue), pour 9 ou 10 heures TU. Rassurez-vous, tout n’est pas écrit comme ça, mais, pour le brouillard, je n’ai vraiment pas beaucoup d’outils de prévisions. Par contre, ce dont je suis sûr, c’est que les opérations de l’aéroport vont m’appeler pour me demander quand ça se dissipera.

Entre temps, une observation pour le METAR de 6h30. Je constate quelques erreurs dans les mesures de la veille et les corrige. Mauvais choix : je me suis mise en retard pour la prévision.

7h, re-METAR (toujours pareil). Puis, je finis de rédiger mon TAF à toute allure. Et je commence mon bulletin grand publique : une version pour le minitel et une autre pour le répondeur téléphonique. Pour cela, je suis aidées de directives techniques venues de Toulouse (centre national) et de Lille et Paris (centres régionaux).
Je vérifie ce que devient mon TAF : zut, il n’est pas passé. Je cherche un peu ce qui est arrivé : je l’ai rédigé trop vite et j’ai fait une erreur dans les codes de date et d’heure. Je recode. Deux fois.

7h10 : coup de fil. Ce ne sont pas les opérations, c’est Ryanair, en anglais. Il n’a pas pu avoir mon TAF, et pour cause. Je mobilise mon tout petit anglais pour lui dire ce que j’ai prévu… et lui expliquer pourquoi le TAF n’est pas passé. Au passage ; j’ai une pensée pour Lars, pilote au club de nationalité danoise ; grâce à lui, mon sabir inspiré de l’anglais c’est amélioré.

7h15 : cette fois-ci, ce sont les opérations qui appellent. Bilan de la situation.
7h25 : à nouveau les opérations. Cette fois la question est : « Pourquoi y’a pas de TAF ? ». Explication sur mon erreur et je les rassure : en comptant le temps écoulé depuis que je l’ai renvoyé, il devrait être disponible dans les minutes à venir.

7h30 : toujours le même METAR, un peu en retard. En retard aussi, de quelques minutes, mes bulletins grand publique. Dans la foulée, je remplis la base dite SYMPOSIUM qui indique visuellement les prévisions sur l’Oise pour les prochaines 48 heurs. Elle sert à beaucoup de productions dont celle du site internet.

Toujours à la bourre, je vérifie les données de la veille à Beauvais, les complète et les commente.

7h45 : ouf, une petite pause, je vais enfin pouvoir pendre mon petit déj. Je ne le prends pas avant de partir, ça me donne ½ heure de sommeil en plus.


Le reste de la matinée est plus calme. Je vérifie les données des stations automatiques : il y en a 8 sur le département, plus la station militaire de Creil. En même temps, je surveille le brouillard, qui ne bouge pas. Un METAR toutes les ½ heures.

9 h : nouveau TAF.
Entre 9 et 10 heures : une visite et un coup de téléphones de pilotes basés. Je les renseigne sur l’évolution.

10 heures : ça n’a toujours pas bougé. Je corrige mon TAF en retardant la dissipation du brouillard pour le début d’après-midi. Renouvellement de la base SYMPOSIUM ;

10h30 à 12 h : je reçois de nouvelles directives pour écrire les prévisions jusqu’à 7 jours. Plus on s’éloigne, moins la prévision est précise. Je ne chiade que les premières 48 heures. En même temps, je continue de surveiller l’évolution du brouillard et d’envoyer un METAR toutes les demi-heures. Justement, ça commence à bouger entre 11 heures et midi. J’envoie les information à la tour au fur et à mesure.

A 12 heures, j’ai toute une série de bulletins : TAF, minitel, répondeur.

De 12 à 13 : repas, sur place, tout en continuant à surveiller le temps.

13 heures : nouvelle base SYMPOSIUM. Puis le brouillard se dissipe enfin. La brume disparaît à 15h30. Je suis enfin dispensé du METAR toutes les demi-heures. Maintenant, c’est toutes les heures.

L’après-midi est plus calme : dernier TAF à 15 heurs, à 17 heures, base SYMPOSIUM et bulletin minitel, puis répondeur. Un peu de distraction : un avion du club se gare sur le parking et les pilotes me disent bonjour par le balcon. Il fait chaud dans la pièce qui a de grandes baies vitrées ; j’ai ouvert les fenêtres.

Fermeture à 18 heures, entre temps, je me suis pris la porte du placard sur la tête. Y a pas de mal, tout va bien. Je ne peux pas la remettre toute seule ; les collègues le feront lundi.

Je rentre chez moi ; je suis bien fatiguée. Je me console en me disant que, souvent, les dimanches sont moins fatigants que les samedis…

Episode 2 : un dimanche pas banal

Pas de chance, j’ai bien du mal à me lever et j’arrive en retard… 2 minutes après 6 heures. Il y a moins de brouillard, ça devrait se lever plus vite.

Même programme que la veille : je commence par consulter les cartes et là, les ennuis commencent. L’imprimante m’a fait un caprice pendant la nuit les cartes sont toutes gondolées et pleine de traces noires, comme sur les vieilles photocopies. Je peux en lire certaines, mais pas d’autres. Pour celle-là, je peux les visualiser sur PC, mais ce n’est pas très pratique.

Comme la veille, après avoir perdu un peu de temps sur cette histoire de cartes, je rédige TAF et bulletins grand-publique. C’est avec celui du répondeur que j’ai un problème : pour l’enregistrer, il faut que je l’imprime. Mais je n’ose pas le faire sur l’imprimante naze. J’essaie de l’envoyer au fax : impossible ; sur une autre imprimante, ça ne passe pas.

Je ne peux pas changer d’imprimante, je n’ai pas les « privilèges » pour ça. C’est un collègue à Lille qui les as. Pas grave, je vais lui laisser un message, il arrive à 7 heures.

J’essaie de lui envoyer un message : ça ne marche plus. Je commence à être agacée, je relance mon PC (encore 5 minutes de perdues) et je réessaye : pas mieux.

Il y a encore une autre solution : je peux relancer le serveur. Je vais pour le relance et boum, ce n’est plus possible ; maintenant, il faut un mot de passe pour cela.

Il est 7h20, je commence à craquer, je téléphone au collègue à Lille qui vient d’arriver. Je lui explique mon problème. Il veut bien m’aider, mais pas tout de suite : il doit d’abord s’occuper du collègue de Charleville qui a encore plus de problèmes que moi.

Bien, je vais me débrouiller. Effectivement, j’arrive à faire afficher mon bulletin sur l’écran du PC où on enregistre le répondeur. C’est bon, en retard, mais j’y suis arrivée.

Bien sûr, il y a toujours du brouillard qu’il faut surveiller, les opérations qui appellent pour savoir quand ça va se dissiper, une prévision de visibilité toujours faites avec mon « expérience du terrain »… et une base SYMPOSIUM dont j’ai laissé passer l’heure.


Matinée plus calme que la veille : le brouillard se dissipe comme prévu. J’en profite pour m’atteler à mon problème d’imprimante. En attendant que le collègue informaticien puisse s’occuper de mon problème, je vais au rez-de-chaussée en chercher une qui marche et je regarde comment la brancher. Car bien sûr, les câbles ne correspondent pas (ce serait trop simple) !  Ne sachant pas comment faire, j’appelle un collègue de Beauvais chez lui : on me dit qu’il n’est pas là. Bien, je n’ai plus qu’à fouiller toute la station pour trouver un câble. Je commence à trouver une solution quand le téléphone sonne. Mon collègue de Beauvais a été prévenu par sa famille et me rappelle. Il de dit de chercher un boîtier. Je fouille à nouveau et je trouve ce qu’il faut, ouf !

Coup de fil suivant : le collègue de Lille. Je branche la nouvelle imprimante, il essaie de la faire marcher, mais n’y arrive pas. Je commence à avoir peur de ne plus rien avoir du tout. Je lui dit que, même si les cartes sont mauvaises, elles sont là et que je préfère qu’on remette l’ancienne imprimante. Ok, c’est ce qu’il fait.

Bon c’est l’heure des bulletins du midi, le brouillard s’est dissipé. La pause déjeuner (toujours sur place) est la bienvenue. Après-midi plus calme, il fait beau, tout va bien. Visite d’un pilote pour un vol local.

16 heures : l’imprimante a bourré. Impossible d’enlever la feuille qui est coincée dedans. J’appelle à nouveau le collègue de Lille : il faut qu’il transfert tout sur une imprimante du bas. Il me dit qu’il va essayer. Pendant ce temps, j’entreprends de démonter l’imprimante pour essayer de récupérer la feuille. Sans succès. Une bonne nouvelle, cependant : le collègue informaticien a réussi le transfert : tout devrait s’imprimer au rez-de-chaussée. Bon, ce n’est pas très pratique d’aller chercher les documents à l’étage du dessous, mais au moins on les a.

Naturellement, avec tout ça je suis en retard pour mes bulletins du soir, j’ai aussi oublié un METAR.

Je remonte l’imprimante, il y a toujours un bout de feuille coincé dedans, tant pis. Il me reste aussi trois vis que je ne sais pas où mettre, tant pis aussi…

Il est 18 heures. Fin de la journée. Je suis épuisée.

Par MarieOdile - Publié dans : La petite vie de LFOB
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Vendredi 23 février 2007 5 23 /02 /2007 11:06

Dimanche 18 février 2006 : je suis de service. La journée s’annonce calme et ensoleillée. Il y a des stratus vers le Nord, dans la Somme, mais ils sont censés rester hors de mon département. Je suis confiante et, j’avoue, j’ai même oublié leur présence.

Un copain doit déjeuner avec moi. Il arrive vers 11h et, à ce moment, quelque chose attire mon attention : l’horizon devient flou. Je me précipite sur la terrasse et  constate que, oui, la brume est en train d’envahir le terrain et les nuages aussi. Mon hôte, qui vient du Nord (en voiture heureusement), me confirme que les stratus et brouillard sont sur le Nord du département. Il a mesuré 150 m de visibilité.

 

15 minutes plus tard, les stratus sont sur le terrain. Quand je vous parle des dangers du brouillard d’advection… (http://petite.pilote.legere.over-blog.com/categorie-537759.html) Vers 13 heures légales, j’ai droit au gag inverse : les stratus repartent vers le Nord, laissant 5000 m de visibilité, et du « SCT004 ». C’est la troisième fois que je change mon TAF  et je commence à m’arracher les cheveux.

Mais surtout, je suis inquiète, les stratus se sont bien éloignés vers le Nord, mais ils sont toujours là, en embuscade. Je les devine à l’horizon, et je les vois parfaitement, sur l’image satellite. Beauvais est juste sur leur bordure. Pendant 2 heures, effectivement, il fait beau. Les VFR commencent à se mettre en l’air. Mais, l’horizon n’est pas net, et des nuages bas traînent, çà et là. Je surveille. Il n’y a rien d’autre à faire.


La contrôleuse aussi, a un mauvais instinct. Elle m’appelle, me demandant quoi mettre dans l’ATIS. Je lui dis que, effectivement, pour le moment il y SCT, mais que les stratus ne sont pas loin et que, au Nord, c’est bouché.

 

Puis les nuages reviennent, je me décide à passer 5/8. Vu du sol, on a l’impression qu’il fait beau. Mais la visibilité horizontale, n’est excellente et les nuages, insensiblement, se font plus nombreux.

Je vois les VFR en l’air et décide de mettre la radio. Ma peur : que le terrain se bâche rapidement, coinçant tout le monde en l’air. Au moins, en écoutant la fréquence terrain, je saurais ce qui se passe et je pourrais anticiper le coup de fil de la tour : « J’ai un VFR coincé, qu’est-ce qu’il peut faire ? ». L’idée de mettre la radio est bonne ; c’est comme ça que j’apprends que la visibilité oblique est déplorable : un VFR revenant de nav n’a vu le terrain qu’au dernier moment. Et, moi-même, je ne les vois que quand ils sont en finale.

J’apprends aussi que le 112 du club est parti faire un tour au Sud des installations. Là, je suis franchement inquiète : un avion sans horizon dans cette ambiance. Brrr… Je suis bien contente quand j’entends qu’il est de retour, puis autorisé à atterrir.

 

Je suis plongée dans un bulletin quand, soudain, j’entends une annonce assez inhabituelle : « XL, je suis sorti de piste ». Inhabituel, certes, mais dis d’un ton calme et naturel. Je vais à la fenêtre et je constate que le 112 est effectivement sorti de piste. Et que son attitude est assez bizarre. L'accident n'est pas venu de là où je j'attendais !

Les 2 passagers sortent. Et immédiatement, branle-bas de combat. Les deux camions de pompiers débarquent, les canons prêts à faire feu (enfin eau, plutôt, en l’occurrence), puis la BGTA et le permanent de l’aviation civile. J’entends qu’il n’y a pas de blessé, mais que l’avion est très abîmé. Le remue-ménage dure une bonne heure. Puis l’avion est hissé sur un chariot à bagage et ramené au club, tiré par un tracteur.

Après mon service je vais au club, pour voir l’avion : le train est effacé, le longeron a probablement morflé, le moteur aussi (hélice cassée, bien sûr) et l’avion semble désaxé. Nous passons de longues heures à commenter l’accident, ses conséquences. Sans oublier la chance, qu’il n’y ait pas de blessés.

XL à Cambrai. Photo E.Lepilliez

En repartant chez moi, je sais que l’avion ne sera pas réparé. On essaiera de le vendre, à un amateur, qui mettra sans doute 10 ans à le refaire. Je ne sens pas encore la tristesse.

Elle viendra dans les jours qui suivent. J’ai volé plus de 20 heures sur cet avion. 20 heures dans un 112, c’est beaucoup d’émotions, de plaisirs, de peurs aussi… C’est fini, ses ailes sont cassées. Ce bel oiseau ne me fera plus voler…

Par MarieOdile - Publié dans : La petite vie de LFOB
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Mercredi 23 mai 2007 3 23 /05 /2007 16:46
Vous vous souvenez sûrement de XL, notre pauvre 112 cassé ? (http://petite.pilote.legere.over-blog.com/article-5760336.html)
Et bien ça y est, il a un nouveau propriétaire, un privé du terrain de Beauvais, qui va le remettre ne état de vol.

L'histoire commence samedi dernier, le club mène sa petite vie. Les pilotes qui sont allés voler nettoient le DA40.

Et voilà qu'on sort XL du second hangar où il était remisé.


Et qu'il part, pour sa dernière promenade sur l'aéroport... en tout cas, il ne resortira pas avant un bon bout de temps.




Ces dames regardent passer le convoi...




Déjà, il arrive à son nouveau hangar


On le range, tout au fond





Vous voyez, il ne s'enuiera pas, il aura un Stearman pour lui tenir companie




Un autre Jodel, un... (j'ai un trou là, si quelqu'un peut m'aider, c'est quoi le monoplace à droite ?)



Et un cirrus


Regardez, il est déjà en ligne de vol !


Le soir même il commencait à se faire dépioter !
Par MarieOdile - Publié dans : La petite vie de LFOB
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Jeudi 2 août 2007 4 02 /08 /2007 16:32

Depuis que je travaille à la météo, j’ai pris l’habitude suivante : Je fais le travail dès que c’est possible et aussi vite que possible. Comme ça, en cas d'imprévu, je ne serai pas trop embêtée par les tâches courantes, qui seront déjà bien avancées. Comme imprévu, jusqu’ici, j’imaginais plutôt les événements suivants (du plus courant au plus rare) : aggravation soudaine du temps, fasse frire d’une machine, chute de la porte du placard, explosion d’un site SEVESO.

Ce dimanche 14 janvier, un événement m’a totalement confirmé dans cette idée, mais l’incident, lui, n’était pas dans la liste.

 

C’était entre midi et 13 heures, un moment creux, surtout en heure d’hiver. J’étais de service, seule, comme c’est le cas pour tous les week-ends et jours fériés ; je finissais mon repas de midi. J’étais installée en salle d’observation, celle où on surveille le mieux l’extérieur. Eh oui, même à l’heure du repas, le service ne s’arrête pas, et je suis censée surveiller ce qui se passe dehors. A vrai dire, ce n’est pas uniquement par zèle professionnel, que je m’étais installée là. C’est aussi dans la salle d’observation qu’est la télé… et je l’avais allumée.

12h57 : le PC sonne, pour me dire qu’il est temps de faire l’observation de 13 heures. Je sors sur le balcon compter les nuages et je rentre dans la station, un peu précipitamment. Bang !  Je viens de heurter le montant métallique de la porte.

Ce qui s’est passé ensuite est un peu confus pour moi. Mais je sais que, dans les 2 minutes qui ont suivi j’ai :

  1. 1° Constaté que le verre droit de mes lunettes avait explosé.
  2. 2° Noté l’observation et envoyé le METAR.
  3. 3° Constaté que je saignais abondamment de l’œil droit.

J’ignore totalement dans quel ordre ces actions ont été faites, mais elles ont eu lieu à ce moment là. A vrai dire, je ne me souviens même pas avoir envoyé mon observation. C’est le carnet d’observation, sur lequel je l’ai noté et l’ordinateur qui me l’ont dit après coup !

Par contre, quand j’ai vu le verre cassé + le sang venant de l’œil droit, j’ai commencé à m’inquiéter sérieusement.

 

Je suis allée vers le seul miroir de la station, dans la cuisine, à l’autre bout de la station. J’ai constaté qu’il y avait beaucoup de sang et que je ne voyais pas d’où ça venait. J’ai retraversé la station pour aller chercher la boîte à pharmacie. L’ai ramenée dans la cuisine pour me nettoyer devant le miroir. Ai bien eu du mal à l’ouvrir (la boîte à pharmacie, pas le miroir, ni l’œil !). Et, un fois le sang nettoyé, j’ai constaté avec soulagement que c’était l’arcade sourcilière qui saignait. Donc, apparemment rien dans l’œil, ouf !

Ce n’empêche que ça pissait le sang. Je n’arrivais pas à voir jusqu’où c’était ouvert et, malgré tout, j’étais inquiète pour mon oeil.

Bon, il y a des pompiers sur la plate forme, ils sont inoccupés pour l’instant, vu qu’il n’y a pas de passagers. Je vais les faire venir. J’appelle la tour, où la contrôleuse à d’abord cru à une blague, puis elle a appelé les pompiers. En attendant leur arrivée, j’ai nettoyé un peu les traces de sang que j’avais laissées un peu partout, lors de mes allers retours dans la station.

Encore quelques minutes et deux pompiers arrivent ; l’un d’eux a le gros sac « premiers secours en tous genres » qui m’impressionne beaucoup. Ils me font un pansement : enfin ça ne saigne plus. Mais ils sont embêtés : d’après eux, il faudrait peut-être faire un point de suture… donc aller aux urgences.

Aïe, ça va m’obliger à laisser mon poste, et probablement pour plusieurs heures. J’hésite un peu, mais c’est vrai que je suis inquiète, et les pompiers poussent un peu. Je dis ok. Cette fois, c’est aux pompiers de la ville d’entrer en action. Je vais aller aux urgences dans le gros camion. En les attendant, je préviens la contrôleuse que je quitte la météo. On va passer en METAR AUTO. Heureusement, il fait beau. Je préviens aussi le prévisionniste régional, à Lille. Il assurera le relais si besoin. Enfin, je branche le répondeur. C’est bon, la station est fermée et le camion des pompiers est déjà là.

 

On me prend ma tension, mes pulsations, on me met un petit doigtier. Bref, la totale. Je m’attendais presque à ce qu’ils m’allongent sur la civière, mais ils ont renoncé. Pendant le transfert, je réalise que j’ai un petit problème : le pompier me demande comment je vais rentrer ensuite. Ah oui, mince, ils vont me poser aux urgences et repartir tout de suite. Or, dans ce départ précipité, je suis partie sans rien. Donc, pas de téléphone, ni même le numéro de quelqu’un à appeler. Grr…

Les pompiers me lâchent aux urgences; et commence alors une longue attente… En plus, je n’ai pas pris de lecture. Je parcours donc toutes les revues de la salle d’attente. Je crois bien que je n’en ai pas loupé une seule.

 

En même temps, je m’inquiète : comment vais-je pourvoir rentrer ?  Je n’ai pas d’argent non plus. Donc, pas de taxi, ni de possibilité d’utiliser la cabine téléphonique. La dame à l’accueille me dit que je pourrai utiliser leur téléphone. Bon, mais, quitte à passer un coup de fil, autant être sûre de tomber sur quelqu’un. L’aéroclub semble être un bon choix pour ça. Il fait beau, il doit y avoir du monde là-bas. Je n’ai pas le téléphone du club sur moi ; mais j’emprunte aussi l’annuaire de l’accueil. Bon, j’ai un plan d’attaque.

Seulement, il est déjà presque 16 heures, et le soleil va bientôt se coucher. Une fois la nuit tombée, il n’y aura plus personne à l’aéroclub. D’un autre côté, j’aimerais bien ne pas appeler tout de suite ; je ne sais toujours pas quand je vais sortir d’ici. Je tourne en rond, de plus en plus nerveuse.

 

Quand soudain, une apparition !  Si, si, je l’ai ressenti comme cela !  Je vois donc apparaître, à la porte des urgences, un ami du club. Je ne comprendrai jamais très bien par quel circuit c’est passé, mais il a appris, à l’aéroclub, que j’étais aux urgences. L’aéroport de Beauvais a un super téléphone arabe !

Le temps me paraît moins long maintenant. En fait, je passe assez vite, ensuite. A ma grande déception, je ne suis pas reçue par le docteur Carter. Notez, vu qu’il était africain, j’aurais pu l’appeler « Dr Benton » !  Un nettoyage de l’œil et un point de colle sur l’arcade sourcilière, et c’est tout. Je me fais reconduire à la météo, ½ heure avant la fermeture officielle. Je boucle mes derniers bulletins dans l’urgence, fais un peu de nettoyage et ferme la station, cette fois, pour la nuit. Ouf, fin de la journée… et de mon premier accident du travail.

Par MarieOdile - Publié dans : La petite vie de LFOB
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