Souvent, les gens me demande ce que je fais comme travail à la météo. C’est bien difficile à expliquer. Le plus simple, c’est de raconter un week-end où je suis de service. J’ai choisi au hasard celui du 19 et 20 mars. Autant le samedi a été à peu près normal, le dimanche à battu un record pour la série d’ennuis techniques !
Episode 1 : un samedi comme beaucoup d’autres
Samedi 19 mars, un peu avant 6 heures légales. J’arrive au travail, je fais ma première obs de la journée : il y a un brouillard à couper au couteau, 50 m de visi, ciel invisible.
Puis, je m’installe au bureau du prévi. Je consulte les cartes qui se sont imprimées cette nuit. Elles me donnent une idée de la situation générale. Les cartes de prévision vont jusque samedi prochain, mais elles sont surtout détaillées pour les prochaines 48h. Ca tombe bien, c’est surtout cette échéance que je détaille et sur laquelle je vais me concentrer ce matin.
Puis, j’allume mon PC. Je regarde ce qui s’est passé la veille, ce qu’il y a autour, ce qui est prévu par les modèles pour la coupe verticale.
Ce faisant, je me pose LA question : « Qu’est-ce qui va m’emm…bêter dans la prévision du jour ? » Pour aujourd’hui, aucun hésitation, ce sera le brouillard. Pour savoir quand et comment il se dissipera, j’ai le choix entre le marc de café, la boule de cristal et mon intuition. Disons, pour faire plus sérieux mon « expérience du terrain ». Et celle-ci me dit qu’il va s’incruster un bon bout de temps. En effet, il n’y a pas de vent et la nappe de brouillard est très dense et très étendue (le quart Nord de la France). Mais, un « bon bout de temps », ça fait quelle heure pour mettre dans le TAF (TAF = temps à fenir sur l’aérodrome) ? Je me décide, un peu au pif (et au vu de la masse d’air prévue), pour 9 ou 10 heures TU. Rassurez-vous, tout n’est pas écrit comme ça, mais, pour le brouillard, je n’ai vraiment pas beaucoup d’outils de prévisions. Par contre, ce dont je suis sûr, c’est que les opérations de l’aéroport vont m’appeler pour me demander quand ça se dissipera.
Entre temps, une observation pour le METAR de 6h30. Je constate quelques erreurs dans les mesures de la veille et les corrige. Mauvais choix : je me suis mise en retard pour la prévision.
7h, re-METAR (toujours pareil). Puis, je finis de rédiger mon TAF à toute allure. Et je commence mon bulletin grand publique : une version pour le minitel et une autre pour le répondeur téléphonique. Pour cela, je suis aidées de directives techniques venues de Toulouse (centre national) et de Lille et Paris (centres régionaux).
Je vérifie ce que devient mon TAF : zut, il n’est pas passé. Je cherche un peu ce qui est arrivé : je l’ai rédigé trop vite et j’ai fait une erreur dans les codes de date et d’heure. Je recode. Deux fois.
7h10 : coup de fil. Ce ne sont pas les opérations, c’est Ryanair, en anglais. Il n’a pas pu avoir mon TAF, et pour cause. Je mobilise mon tout petit anglais pour lui dire ce que j’ai prévu… et lui expliquer pourquoi le TAF n’est pas passé. Au passage ; j’ai une pensée pour Lars, pilote au club de nationalité danoise ; grâce à lui, mon sabir inspiré de l’anglais c’est amélioré.
7h15 : cette fois-ci, ce sont les opérations qui appellent. Bilan de la situation.
7h25 : à nouveau les opérations. Cette fois la question est : « Pourquoi y’a pas de TAF ? ». Explication sur mon erreur et je les rassure : en comptant le temps écoulé depuis que je l’ai renvoyé, il devrait être disponible dans les minutes à venir.
7h30 : toujours le même METAR, un peu en retard. En retard aussi, de quelques minutes, mes bulletins grand publique. Dans la foulée, je remplis la base dite SYMPOSIUM qui indique visuellement les prévisions sur l’Oise pour les prochaines 48 heurs. Elle sert à beaucoup de productions dont celle du site internet.
Toujours à la bourre, je vérifie les données de la veille à Beauvais, les complète et les commente.
7h45 : ouf, une petite pause, je vais enfin pouvoir pendre mon petit déj. Je ne le prends pas avant de partir, ça me donne ½ heure de sommeil en plus.
Le reste de la matinée est plus calme. Je vérifie les données des stations automatiques : il y en a 8 sur le département, plus la station militaire de Creil. En même temps, je surveille le brouillard, qui ne bouge pas. Un METAR toutes les ½ heures.
9 h : nouveau TAF.
Entre 9 et 10 heures : une visite et un coup de téléphones de pilotes basés. Je les renseigne sur l’évolution.
10 heures : ça n’a toujours pas bougé. Je corrige mon TAF en retardant la dissipation du brouillard pour le début d’après-midi. Renouvellement de la base SYMPOSIUM ;
10h30 à 12 h : je reçois de nouvelles directives pour écrire les prévisions jusqu’à 7 jours. Plus on s’éloigne, moins la prévision est précise. Je ne chiade que les premières 48 heures. En même temps, je continue de surveiller l’évolution du brouillard et d’envoyer un METAR toutes les demi-heures. Justement, ça commence à bouger entre 11 heures et midi. J’envoie les information à la tour au fur et à mesure.
A 12 heures, j’ai toute une série de bulletins : TAF, minitel, répondeur.
De 12 à 13 : repas, sur place, tout en continuant à surveiller le temps.
13 heures : nouvelle base SYMPOSIUM. Puis le brouillard se dissipe enfin. La brume disparaît à 15h30. Je suis enfin dispensé du METAR toutes les demi-heures. Maintenant, c’est toutes les heures.
L’après-midi est plus calme : dernier TAF à 15 heurs, à 17 heures, base SYMPOSIUM et bulletin minitel, puis répondeur. Un peu de distraction : un avion du club se gare sur le parking et les pilotes me disent bonjour par le balcon. Il fait chaud dans la pièce qui a de grandes baies vitrées ; j’ai ouvert les fenêtres.
Fermeture à 18 heures, entre temps, je me suis pris la porte du placard sur la tête. Y a pas de mal, tout va bien. Je ne peux pas la remettre toute seule ; les collègues le feront lundi.
Je rentre chez moi ; je suis bien fatiguée. Je me console en me disant que, souvent, les dimanches sont moins fatigants que les samedis…
Episode 2 : un dimanche pas banal
Pas de chance, j’ai bien du mal à me lever et j’arrive en retard… 2 minutes après 6 heures. Il y a moins de brouillard, ça devrait se lever plus vite.
Même programme que la veille : je commence par consulter les cartes et là, les ennuis commencent. L’imprimante m’a fait un caprice pendant la nuit les cartes sont toutes gondolées et pleine de traces noires, comme sur les vieilles photocopies. Je peux en lire certaines, mais pas d’autres. Pour celle-là, je peux les visualiser sur PC, mais ce n’est pas très pratique.
Comme la veille, après avoir perdu un peu de temps sur cette histoire de cartes, je rédige TAF et bulletins grand-publique. C’est avec celui du répondeur que j’ai un problème : pour l’enregistrer, il faut que je l’imprime. Mais je n’ose pas le faire sur l’imprimante naze. J’essaie de l’envoyer au fax : impossible ; sur une autre imprimante, ça ne passe pas.
Je ne peux pas changer d’imprimante, je n’ai pas les « privilèges » pour ça. C’est un collègue à Lille qui les as. Pas grave, je vais lui laisser un message, il arrive à 7 heures.
J’essaie de lui envoyer un message : ça ne marche plus. Je commence à être agacée, je relance mon PC (encore 5 minutes de perdues) et je réessaye : pas mieux.
Il y a encore une autre solution : je peux relancer le serveur. Je vais pour le relance et boum, ce n’est plus possible ; maintenant, il faut un mot de passe pour cela.
Il est 7h20, je commence à craquer, je téléphone au collègue à Lille qui vient d’arriver. Je lui explique mon problème. Il veut bien m’aider, mais pas tout de suite : il doit d’abord s’occuper du collègue de Charleville qui a encore plus de problèmes que moi.
Bien, je vais me débrouiller. Effectivement, j’arrive à faire afficher mon bulletin sur l’écran du PC où on enregistre le répondeur. C’est bon, en retard, mais j’y suis arrivée.
Bien sûr, il y a toujours du brouillard qu’il faut surveiller, les opérations qui appellent pour savoir quand ça va se dissiper, une prévision de visibilité toujours faites avec mon « expérience du terrain »… et une base SYMPOSIUM dont j’ai laissé passer l’heure.
Matinée plus calme que la veille : le brouillard se dissipe comme prévu. J’en profite pour m’atteler à mon problème d’imprimante. En attendant que le collègue informaticien puisse s’occuper de mon problème, je vais au rez-de-chaussée en chercher une qui marche et je regarde comment la brancher. Car bien sûr, les câbles ne correspondent pas (ce serait trop simple) ! Ne sachant pas comment faire, j’appelle un collègue de Beauvais chez lui : on me dit qu’il n’est pas là. Bien, je n’ai plus qu’à fouiller toute la station pour trouver un câble. Je commence à trouver une solution quand le téléphone sonne. Mon collègue de Beauvais a été prévenu par sa famille et me rappelle. Il de dit de chercher un boîtier. Je fouille à nouveau et je trouve ce qu’il faut, ouf !
Coup de fil suivant : le collègue de Lille. Je branche la nouvelle imprimante, il essaie de la faire marcher, mais n’y arrive pas. Je commence à avoir peur de ne plus rien avoir du tout. Je lui dit que, même si les cartes sont mauvaises, elles sont là et que je préfère qu’on remette l’ancienne imprimante. Ok, c’est ce qu’il fait.
Bon c’est l’heure des bulletins du midi, le brouillard s’est dissipé. La pause déjeuner (toujours sur place) est la bienvenue. Après-midi plus calme, il fait beau, tout va bien. Visite d’un pilote pour un vol local.
16 heures : l’imprimante a bourré. Impossible d’enlever la feuille qui est coincée dedans. J’appelle à nouveau le collègue de Lille : il faut qu’il transfert tout sur une imprimante du bas. Il me dit qu’il va essayer. Pendant ce temps, j’entreprends de démonter l’imprimante pour essayer de récupérer la feuille. Sans succès. Une bonne nouvelle, cependant : le collègue informaticien a réussi le transfert : tout devrait s’imprimer au rez-de-chaussée. Bon, ce n’est pas très pratique d’aller chercher les documents à l’étage du dessous, mais au moins on les a.
Naturellement, avec tout ça je suis en retard pour mes bulletins du soir, j’ai aussi oublié un METAR.
Je remonte l’imprimante, il y a toujours un bout de feuille coincé dedans, tant pis. Il me reste aussi trois vis que je ne sais pas où mettre, tant pis aussi…
Il est 18 heures. Fin de la journée. Je suis épuisée.
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